Alcoolisation fœtale en France : une première étude publiée

Alcoolisation fœtale en France : une première étude publiée

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Ce mardi 4 septembre, Santé Publique France a publié la première étude nationale concernant l’impact de la consommation d’alcool durant la grossesse sur les nouveau-nés. Cette analyse s’appuie sur des données d’hospitalisations récoltées entre 2006 et 2013. Jusqu’à maintenant, aucune étude ne permettait d’établir un état des lieux précis et de prendre pleinement conscience de cet enjeu de santé publique.

Plus de 3 000 bébés concernés

Malgré les nombreux messages d’alerte et de prévention répétés depuis des années, la consommation d’alcool pendant la grossesse reste un problème. Ainsi, en 2017, une femme sur dix déclarait avoir consommé de l’alcool de manière occasionnelle au cours de sa grossesse. Or, les effets de l’alcool sur le développement de l’embryon puis du fœtus sont largement connus et prouvés scientifiquement.

L’analyse des données médico-administratives a révélé des chiffres inquiétants : 3 207 bébés ont été touchés par des troubles liés à l’alcoolisation fœtale entre 2006 et 2013, soit environ un cas par jour, et 452 d’entre eux présentaient un Syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), la forme la plus grave. L’étude a également mis en évidence des disparités régionales : la Réunion, la Haute-Normandie, la Champagne-Ardenne et le Nord-Pas-de-Calais sont les plus touchées au contraire de la Martinique, la Corse et la région Rhône-Alpes.

Nolwen Regnault, épidémiologiste et coordinatrice du programme de surveillance de la santé périnatale au sein de Santé Publique France, précise qu’il s’agit de données a minima qui ne concerne que le premier mois de vie des bébés et qui ne prennent en compte que les formes les plus importantes. Les formes moins marquées ne sont pourtant pas à prendre à la légère puisqu’elles se manifestent au moment de la scolarisation.

L’alcoolisation fœtale : un frein au développement de l’enfant

L’ensemble des dégâts causés par la consommation d’alcool durant la grossesse sont regroupés sous l’expression « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale » (TCAF) et « Syndrome d’alcoolisation fœtale » (SAF) dans les cas les plus graves. Le SAF constitue la première cause de handicap mental non génétique et d’inadaptation sociale chez l’enfant.

Le directeur de Santé Publique France, François Bourdillon, rappelle qu’à n’importe quel stade de la grossesse, l’alcool traverse le placenta et est extrêmement toxique pour le bébé. Il impacte alors tous les organes et mécanismes de développement : cœur, reins, cerveau, visage, croissance. Le docteur David Germanaud, neuropédiatre à l’hôpital Robert-Debré à Paris déplore le fait que l’alcoolisation fœtale ne soit pas considéré à la même hauteur que les autres troubles subis par le bébé pendant la grossesse.

Les TCAF sont souvent diagnostiqués bien après la naissance et entraîne chez l’enfant des retards de développement (marche, propreté) mais également des troubles de l’attention, des apprentissages et du comportement, des difficultés d’adaptation à la collectivité et un manque d’autocontrôle. Les symptômes du SAF sont à l’inverse identifiés rapidement : retard de croissance, dysmorphie faciale, croissance cérébrale ralentie. L’ensemble de ces dégâts peuvent pourtant être évités en bannissant l’alcool pendant toute la durée de la grossesse.

Une nouvelle campagne de sensibilisation

Santé Publique lancera à partir du dimanche 9 septembre une nouvelle campagne visant à sensibiliser l’ensemble de la population au SAF et à renforcer les messages déjà existants. Le message est clair : zéro alcool pendant la grossesse ! Cette campagne sera largement diffusée et relayée notamment dans les quotidiens gratuits, la presse féminine et parentale. Dans les départements d’Outre-Mer, des affiches seront ajoutées au dispositif et des chroniques pré-enregistrées seront proposées aux stations de radio.

Parallèlement, les professionnels de santé (médecins généralistes, gynécologues, sages-femmes) pourront installer des affiches dans leurs salles d’attente et mettre des dépliants à disposition de leurs patientes pour mieux informer les femmes mais aussi leur entourage des dangers liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse.

Le numéro d’appel gratuit Alcool Info Service (0 980 980 930) est toujours disponible sept jours sur sept de 8 h à 2 h du matin, tout comme le site www.alcool-info-service.fr, doté d’un annuaire des structures d’aide spécialisée. Cette mobilisation massive contre l’alcoolisation fœtale devrait permettre d’aider et d’accompagner toutes les femmes, et plus particulièrement celles qui ont une consommation à risque.

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