Compléments alimentaires : l’alerte de l’Académie de pharmacie

Compléments alimentaires : l’alerte de l’Académie de pharmacie

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En France, le secteur des compléments alimentaires est bien portant. En 10 ans, son poids sur le marché a quasiment doublé pour atteindre 1,9 milliard d’euros et une croissance de 6 % pour l’année 2018. Les Français sont les plus gros consommateurs de compléments alimentaires en Europe : 1 adulte sur 5 et 1 enfant sur 10 font des cures régulièrement. Formulés à base de plantes, ces produits paraissent souvent plus naturels, mais ne sont pas pour autant sans danger ! C’est ce qu’explique l’Académie de pharmacie dans un rapport publié ce jeudi 7 février.

Le point sur la législation

Médicaments et compléments alimentaires ne sont pas logés à la même enseigne en termes de législation. Les premiers doivent se soumettre à une évaluation de leurs bénéfices et de leurs risques avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par les autorités sanitaires. Dans le cas des compléments alimentaires, aucune étude clinique n’est nécessaire et une simple déclaration auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) suffit pour qu’un produit rejoigne les rayons des officines et de certaines grandes surfaces. Or, certaines plantes utilisées dans les compléments alimentaires sont tout simplement interdites dans les médicaments. Dans son rapport, l’Académie de pharmacie tire la sonnette d’alarme et dénonce une absence d’encadrement. Les restrictions proposées par la DGCCRF sont insuffisantes et ne correspondent pas aux connaissances scientifiques et aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de l’Agence européenne du médicament (EMA). Les auteurs du rapport demandent le retrait de ces plantes, le durcissement de la législation et un meilleur enseignement en faculté de pharmacie pour conseiller les patients et les informer des risques.

Des plantes laxatives pointées du doigt

L’alerte lancée par l’Académie de pharmacie concerne plus particulièrement les compléments alimentaires étiquetés « minceur » qui agissent sur le transit intestinal. Ces produits sont composés de plantes contenant des hétérosides hydroxyanthracéniques, à l’effet laxatif stimulant. Selon Pierre Champy, professeur de pharmacologie à l’université Paris-Sud, ces plantes ont « une action assez drastique sur le côlon » et peuvent entraîner des complications graves en cas de mésusage : pertes de sels minéraux, allergies, lésions irréversibles de l’intestin, dépendance, augmentation du risque de cancer du côlon. Le séné, la racine de rhubarbe, la bourdaine, le cassier, le cascara ou encore le suc d’aloe vera font partie des plantes incriminées.

Toujours demander conseil

Le professeur Champy rappelle que « ce n’est pas parce que le produit est sur le marché qu’il y a une sécurité assurée ». Pour le moment, les fabricants de compléments alimentaires ne sont pas dans l’obligation d’indiquer les interactions de leurs produits avec des médicaments. La dose et la durée de traitement à ne pas dépasser ne sont pas précisées non plus, au contraire des médicaments. Pour reprendre l’exemple des compléments alimentaires pour le transit intestinal, les contre-indications n’apparaissent généralement pas sur les boîtes alors qu’elles sont nombreuses : maladie de Crohn, rectocolite, occlusion intestinale, douleurs abdominales, etc. Une personne qui n’a pas de formation scientifique n’est pas en mesure de déceler l’éventuelle dangerosité d’un produit. Pour limiter le risque d’effets indésirables, il n’y a qu’un seul réflexe à avoir : toujours solliciter l’avis et le conseil d’un pharmacien, qui saura vous renseigner sur les compositions et les précautions à prendre.

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