Connaissez-vous la nomophobie ?

Connaissez-vous la nomophobie ?

670
0
<<<
>>>

Phobie des araignées, des serpents, de l’avion, des espaces clos… Jusqu’ici, rien qui ne sorte vraiment de l’ordinaire, mais connaissez-vous la nomophobie ? Ce terme désigne la peur d’être séparé de son téléphone mobile, objet du quotidien qui permet de s’informer, de consulter la météo, d’accéder à sa boîte mail et aux réseaux sociaux, tout cela quel que soit le moment de la journée et l’endroit où l’on se trouve. Pour de nombreuses personnes, être séparé de son smartphone est synonyme de déconnexion avec le monde extérieur. Interrogé par le quotidien Midi Libre, le docteur Laurent Karila, psychiatre spécialisé dans l’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP) et porte-parole de l’association SOS Addictions, fait le point sur cette pathologie dont on observe de plus en plus de cas.

La « techno angoisse de séparation »

Le mot phobie qualifie la peur démesurée et irrationnelle d’un objet, d’un animal ou d’une situation précise. Dans le cas de la nomophobie, la personne touchée présente des symptômes et des réactions disproportionnées pouvant aller jusqu’à la crise d’angoisse. Si le fait de voir apparaître le signal « batterie faible » ou de ne pas avoir de réseau entraîne une petite contrariété, la nomophobie peut se révéler handicapante et être le signe d’une véritable dépendance au smartphone. Le docteur Karila parle de « techno angoisse de séparation ». Une personne nomophobe craint d’être déconnectée et de ne pas pouvoir répondre tout de suite aux sollicitations venant des réseaux sociaux ou des emails.

Pas de profil type

Le docteur Karila précise que tous les utilisateurs de smartphone sont exposés au risque de nomophobie et, plus largement, de cyberaddiction. Il n’y a pas de profil type mais un ensemble de facteurs rendant certaines personnes plus vulnérables que d’autres. Ces facteurs peuvent se situer à différents niveaux : psychologique, comportemental, génétique, environnemental, cérébral. En cas de déséquilibre, l’addiction peut apparaître et engendrer des réactions et des attitudes compulsives (achats en ligne, visionnage de séries, consultation excessive des mails et des réseaux sociaux).

Déconnecter progressivement

Les personnes souffrant de nomophobie mettent souvent en place des stratégies pour ne pas être confrontées à un imprévu. Elles possèdent parfois deux téléphones, plusieurs batteries nomades, et se renseignent toujours sur la qualité du réseau avant de se rendre quelque part. Certains nomophobes prennent conscience de ces attitudes par le biais de reproches formulés par l’entourage mais d’autres restent longtemps dans le déni. Selon le docteur Karila, la désintoxication totale est impossible. Pour se déconnecter de son smartphone, il faut progresser par étapes. On commence par faire des petites pauses le soir, le week-end et pendant les vacances. On supprime ensuite tous les signaux qui annoncent les notifications (vibreur, sonnerie, flash), on évite d’utiliser son téléphone lorsque l’on est à table et dans la chambre. Les jeunes sont souvent considérés comme les plus « accros ». Pour les aider à lâcher leur doudou numérique, c’est aux parents de montrer l’exemple !

Si ce sujet vous intéresse, le docteur Karila participera à un live sur la page Facebook de Midi Libre ce vendredi 1er février à partir de 12 h 30.

Laissez votre commentaire