Diaboulimie : le nouveau mal des diabétiques de type 1

Diaboulimie : le nouveau mal des diabétiques de type 1

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Anorexie, boulimie… Parmi les troubles du comportement alimentaire, une catégorie qui touche les diabétiques vient de voir le jour : la diaboulimie. Aussi intrigant qu’angoissant, ce terme se réfère à deux pathologies bien connues : la boulimie et le diabète.  

Les diabétologues et psychiatres s’alarment de ce nouveau trouble et insistent sur l’importance d’une prise en charge. Pharma GDD vous explique de quoi il s’agit et comment faire face à cette nouvelle maladie alimentaire.

 

La diaboulimie de quoi s’agit-il ?

Naturellement sécrétée par le pancréas chez les non-diabétiques, l’insuline est une hormone qui permet de transformer le sucre en énergie. Quand le corps ne la produit pas, l’organisme élimine le sucre par voie urinaire. Ce processus entraîne un déclin progressif des muscles et des graisses stockées dans le corps, ce qui à long terme provoque une perte de poids importante. Les injections d’insuline auxquelles sont soumis les diabétiques, en particulier lorsqu’il s’agit de diabète de type 1, favorisent l’assimilation du glucose et une reprise de poids rapide. Cela est vécu comme un choc pour de nombreuses adolescentes sous insuline. Pour pallier cela, elles décident de stopper leur traitement. C’est ce que l’on appelle la diaboulimie : un trouble du comportement alimentaire de plus en plus fréquent et très mal connu.

 

Que se passe-t-il lorsqu’on limite la prise d’insuline ?

Sans insuline, le sucre consommé est évacué dans les urines au lieu d’être métabolisé dans les cellules pour y servir de carburant. Il est donc moins transformé en graisse, d’où la perte de poids recherché par les patients. « C’est comme si le patient ne mangeait pas alors qu’il s’alimente quand même », précise le Dr Bruno Rocher psychiatre-addictologue au CHU de Nantes. Problème, le sucre qui n’a pas pu rentrer dans les cellules va alors se retrouver en trop grande quantité dans le sang, provoquant une hyperglycémie.

Quels sont les risques pour les diabétiques ?

La présence de glucose dans les urines qui résulte de l’hyperglycémie, entraine une perte calorique. Dans le pire cas, cela mène à une acidocétose, il s’agit d’une acidité sanguine importante. Le trop-plein de sucre dans le sang actionne un rétrécissement des vaisseaux sanguins, qui vont moins délivrer d’oxygène. « Chez les patients diabétiques de type 1, les troubles du comportement alimentaires (TCA) […] augmentent le risque d’hospitalisation pour acidocétose, de complications microvasculaires (en particulier de rétinopathie) et de décès (notamment par suicide) », indique le Pr Patrice Darmon du Service d’Endocrinologie, Maladies Métaboliques et Nutrition à Marseille. Mais l’amaigrissement n’est pas la seule conséquence de ce “régime anti-insuline”. En effet à long terme, l’acidocétose diabétique peut entraîner de graves problèmes potentiellement mortels : vomissements, douleurs abdominales aiguës, difficultés à respirer et dans les cas extrêmes perte de conscience, état comateux et décès.

 

Ce trouble peut-il affecter tous les diabétiques ?

Aux États-Unis, 40% de cas chez les femmes diabétiques âgées de 15 à 30 ans ont été diagnostiqués. En Italie, d’après les données du pôle universitaire de l’hôpital Luigi Sacco 1 jeune fille sur 4 traitée par insulinothérapie, s’impose une réduction du nombre de ses injections. « Chez les enfants et les adolescents présentant un diabète de type 1, il existe une augmentation du risque de désordres psychiques, tels que l’anxiété, la dépression ou les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires », souligne le Pr Darmon. « Et ceci, en particulier lorsque le diabète survient durant la préadolescence, à cette période où les transformations physiques et psychologiques s’accélèrent. » Globalement, tous les troubles compulsifs alimentaires concernent le plus souvent les jeunes femmes de 15 à 30 ans.

 

Comment repérer et prendre en charge la diaboulimie ?

Étant donné les risques de mortalité induits par la diaboulimie, il faut être très attentif pour le Pr Darmon « chez un patient DT1, et surtout s’il s’agit d’une jeune fille, un déséquilibre glycémique inexpliqué (HbA1c élevée, hypoglycémies répétées et/ou sévères, grande variabilité glycémique) doit toujours faire rechercher un TCA ». Autre élément, « des préoccupations excessives autour de l’apparence, du poids et des aliments, une dysmorphophobie, une volonté de contrôle et de maîtrise, un manque de flexibilité mentale ou un désir de perfection » doit aussi alerter.

Une fois le diagnostic confirmé, « la prise en charge reste particulièrement complexe », souligne l’endocrinologue. Celle-ci « doit s’appuyer sur une équipe pluriprofessionnelle expérimentée, capable d’appréhender les aspects nutritionnels, psychologiques et environnementaux, mais aussi les problématiques directement en lien avec le diabète de type 1 et son traitement. »

 

Un acte “addictif”

En septembre dernier, la BBC a consacré un documentaire à ce problème. Intitulé Diaboulimie: Le trouble alimentaire le plus dangereux du monde, le film rapporte l’histoire de trois femmes atteintes de diaboulimie. L’une d’elles raconte que le fait de ne pas injecter correctement son insuline est devenu “addictif”, car “cela vous permet de manger ce que vous voulez et perdre du poids”. Une autre a frôlé la mort à deux reprises. La jeune femme qui est parvenue à vaincre sa diaboulimie estime que la stigmatisation autour du diabète peut parfois inciter ceux qui souffrent de cette maladie à vouloir perdre du poids. #179682128

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