“Enceinte, les médicaments c’est pas n’importe comment !”

“Enceinte, les médicaments c’est pas n’importe comment !”

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En Europe, 2 à 3 % des bébés naissent avec une malformation majeure, dont 5 % sont attribués à une prise de médicaments par la mère au cours de la grossesse. En France, cela concerne entre 800 et 1200 naissances chaque année. Afin de sensibiliser les femmes enceintes et leur entourage, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé le 2 juin une campagne d’information sur le thème des médicaments pendant la grossesse, portée par un slogan simple qui se veut percutant : “Enceinte, les médicaments c’est pas n’importe comment !”.

Les objectifs de la campagne

Si 70 % des femmes enceintes se disent bien informées sur les risques liés à la consommation d’alcool et de tabac lors de la grossesse, elles ne sont plus que 30 % pour les effets associés à la prise de médicaments. La campagne de l’ANSM apparaît donc comme essentielle pour améliorer l’information et “déclencher dans la société un réflexe équivalent à celui de l’alcool et du tabac”. L’objectif est également d’inciter au dialogue avec l’ensemble des soignants, dès le projet de grossesse, pour faire le point sur son état de santé, obtenir des réponses à ses questions et, le cas échéant, adapter son traitement de fond pour qu’il soit compatible avec la grossesse.

La campagne de l’ANSM doit se dérouler jusqu’à la fin de l’année 2021, avec plusieurs temps forts visant à interpeller la population ciblée. Elle se fera par le biais de supports traditionnels, notamment des affiches proposées aux professionnels de santé et des encarts dans la presse magazine. Le digital aura également une place importante, avec un site dédié, des vidéos pédagogiques relayées sur les réseaux sociaux et un partenariat avec le médecin généraliste Corentin Lacroix de la chaîne YouTube WhyDoc.

Médicaments et grossesse : des chiffres qui inquiètent

Selon une enquête menée par l’institut Viavoice, près de 89 % des femmes en projet de grossesse ont recours à l’automédication. Au cours d’une première grossesse, elles sont 36 % à avoir pris un médicament de leur propre initiative, et 48 % pour les femmes dont c’est la deuxième grossesse ou plus. Par ailleurs, 18 % des femmes sous traitement l’arrêtent lorsqu’elles tombent enceintes, parmi lesquels 29 % le font sans en parler au préalable avec leur médecin, ce qui est déconseillé, d’autant plus en cas de maladie chronique. Ces données sont préoccupantes, car la prise de médicaments pendant la grossesse n’a rien d’anodin et doit toujours être discutée avec un professionnel de santé, que ce soit un médecin généraliste, une sage-femme, un gynécologue ou un pharmacien. En effet, les médicaments, y compris les plus courants (anti-douleurs, anti-nauséeux) peuvent “avoir des répercussions immédiates ou futures sur l’enfant à naître”.

Malformations, neurotoxicité et troubles du développement

Les risques liés à la prise de médicaments pendant la grossesse sont différents en fonction de son stade. Au premier trimestre, les risques de malformations d’organes et de membres sont particulièrement élevés. Au deuxième et troisième trimestre, les risques se situent surtout au niveau du cerveau. Divers médicaments peuvent les augmenter, comme l’isotrétinoïne (traitement de l’acné sévère) ou le valproate (médicament pour l’épilepsie et les troubles bipolaires). D’autres traitements peuvent être à l’origine de l’apparition de troubles du développement tels que le trouble du spectre autistique (TSA) ou le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

L’ibuprofène, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) souvent utilisé pour soulager la douleur et faire baisser la fièvre, est associé à un risque de ralentissement de croissance fœtale et peut empêcher les reins du futur bébé de se développer correctement. À ce titre, il est contre-indiqué au-delà du cinquième mois de grossesse révolu (24 SA). Avant ce stade, sa prise doit rester très exceptionnelle et faire systématiquement l’objet d’un avis médical. Enfin, les médicaments à base de plantes, d’huiles essentielles, ainsi que les compléments alimentaires, véhiculent souvent une image “naturelle” et sont perçus comme inoffensifs pendant la grossesse. Or, ils doivent, au même titre que les traitements “conventionnels”, être appréhendés avec prudence par les femmes enceintes.

Pour y voir plus clair, n’hésitez pas à consulter le site du CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes), qui fait figure de référence et répertorie les médicaments compatibles ou non avec la grossesse et l’allaitement.

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