Exposition aux pesticides, que risque-t-on à vivre en campagne ?

Exposition aux pesticides, que risque-t-on à vivre en campagne ?

576
0
<<<
>>>

Habiter à la campagne c’est bien, mais la proximité des champs entraîne un risque d’exposition plus élevé aux substances chimiques utilisées en agriculture. Des pesticides susceptibles de contenir des perturbateurs endocriniens, il s’agit de molécules pouvant affecter notre santé en interférant avec notre système hormonal. Alors qui est exposé, à quel moment et dans quelles proportions ? Les chercheurs ont imaginé des méthodes originales pour se procurer ces informations. Celles-ci seront précieuses, pour réussir à mieux protéger les riverains des exploitations agricoles, et en particulier les enfants. Pharma GDD fait le point.

De nombreux pesticides dans notre environnement

Voilà des années qu’il est établi que l’ensemble de la population est exposé aux pesticides. Des résidus de ces substances sont présents autour de nous, quel que soit l’endroit où nous vivons : les milieux aquatiques, l’air et les sols, ainsi que dans les maisons. Parmi les molécules retrouvées, certaines sont d’ailleurs interdites en usage agricole depuis quelques années. Mais elles demeurent dans l’environnement.

Le traitement des champs n’est pas la seule source de cette contamination. Les pesticides sont également utilisés dans notre quotidien pour lutter contre les insectes dans notre logement ou pour désherber une allée, en médecine et chez le vétérinaire contre les puces, ou encore par les collectivités dans les jardins publics.

Malgré cela, les poussières analysées à l’intérieur des maisons proches de zones agricoles sont contaminées en pesticides à des niveaux plus élevés que la normale.

Lors de l’épandage, les molécules pesticides en suspension dans l’air peuvent dériver en dehors des cultures. En fonction des conditions météorologiques, elles peuvent même parcourir des dizaines de kilomètres. La contamination des zones habitées peut également survenir plusieurs semaines après l’application. En effet, les pesticides restés dans les eaux et les sols se volatilisent et se retrouvent à nouveau dans l’air. Ce phénomène est notamment favorisé lorsque les températures sont élevées.

Quels risques pour la santé ?

Le lien entre l’exposition chronique aux pesticides et la santé des populations a fait l’objet de nombreuses recherches à travers le monde. Ainsi, les enfants qui ont été exposés aux pesticides pendant la grossesse de la mère pourraient plus facilement développer une leucémie.

Une grande partie de ces données concerne des enfants dont les parents sont particulièrement au contact de pesticides, soit par leur profession, soit à travers l’usage domestique d’insecticides. Le cas de femmes enceintes vivant à proximité des champs a été moins étudié, car il est encore difficile de mesurer les effets d’une telle exposition à l’échelle d’un individu en population générale. Cela s’explique parce qu’il s’agit d’une exposition au long cours caractérisée par des doses faibles.

Une thèse réalisée à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail de l’Inserm s’est saisie de nouvelles données. La cohorte nationale Elfe, inédite par son ampleur, permet de suivre plus de 18 000 enfants nés en France en 2011. Lancée par l’Institut national d’étude démographique et l’Inserm, elle vient de livrer ses premiers résultats.

Parmi les femmes enceintes de ce groupe, plus de 4 000 ont accepté de réaliser des tests sur le sang, les cheveux ou encore les urines, pour évaluer la présence dans leur organisme de polluants de l’environnement, dont les pesticides.

Des travaux similaires ont été réalisés dans des régions agricoles de Californie et ont mis en évidence un risque augmenté de malformations cardiaques et de troubles du spectre autistique ou de retard de développement chez l’enfant, en lien avec la proximité de l’habitation de la mère avec les cultures pendant la grossesse.

L’avancée des connaissances doit permettre, à terme, de mieux mesurer le risque encouru par ceux qui habitent près des champs, pour mieux les en protéger.

Chez les adultes, les pesticides sont fortement suspectés dans la survenue du cancer de la prostate. Une augmentation du risque de 12 à 28 % chez les populations rurales a été observée. Ils pourraient aussi favoriser l’apparition de la maladie de Parkinson. Des résultats obtenus en Californie montrent un risque près de deux fois supérieur pour les personnes vivant jusqu’à 500 mètres de parcelles traitées par deux fongicides (anti-champignons). Les pesticides pourraient aussi entraîner des troubles cognitifs, anxiodépressifs et des troubles de la fertilité.

Pour se protéger, des mesures peuvent être prises. Voici comment :

  • Se renseigner sur les périodes précises d’épandages, via la Chambre d’agriculture par exemple, afin d’aérer son logement en dehors de ces horaires.
  • Mettre en place des protections supplémentaires dans son jardin (bardage bois, haies, etc.).
  • Signaler à la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt tout non-respect des règles.

Laissez votre commentaire