Greffe de trachée artificielle : le succès français

Greffe de trachée artificielle : le succès français

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C’est une révolution qui s’annonce dans le domaine de la transplantation d’organes. Le 20 mai 2018, un article publié dans la revue médicale américaine Jama et présenté au Congrès de l’American Thoracic Society à San Diego présente la réussite de plusieurs greffes de trachées artificielles réalisées par une équipe française ! Après vingt ans de recherches et d’essais cliniques, le professeur Emmanuel Martinod, chef du service de chirurgie thoracique et vasculaire à l’hôpital Avicenne de Bobigny (AP-HP), et son équipe peuvent se féliciter d’être à l’origine d’une véritable innovation.

Un protocole inédit

Initiés en 1997, les travaux de recherches menés par le professeur Martinod ont abouti à une technique jusqu’ici inédite consistant à reconstruire des trachées à partir d’aortes abdominales prélevées sur des donneurs décédés et conservées grâce à la cryogénisation.

Cette technique comportant un très faible risque de rejet vise à guérir et à améliorer la qualité de vie des patients atteints de lésions de la trachée, en impasse thérapeutique, multi-opérés et non réceptifs aux traitements conventionnels. Elle permettrait également d’éviter l’ablation totale du poumon en cas de cancer, une opération redoutée tant par les patients que par les chirurgiens.

Le projet semble fou et peu de médecins croient en sa réussite. Cela n’empêche pas le professeur Martinod, ancien élève du professeur Alain Carpentier (père du cœur artificiel), de poursuivre son travail. Douze patients sont sélectionnés pour les essais et la première greffe est réalisée en octobre 2009.

Le pouvoir du corps humain

A partir de ce moment-là, l’équipe française va de surprise en surprise. Après l’implantation, elle constate en effet une régénération du tissu aortique et la formation de cartilage au niveau du greffon. Les cellules du patient parviennent progressivement à reconstituer une trachée saine et le greffon finit par assurer les fonctions respiratoires.

Plusieurs mois après l’intervention, le stent (petit ressort couramment utilisé en chirurgie cardiaque) introduit dans le greffon pour le renforcer est retiré sans que cela n’entraîne de complications chez les patients dont la guérison est alors confirmée. Pour le professeur Martinod, cette technique de greffe est une preuve que le corps est capable de se réparer lui-même.

Une révolution pour la médecine de demain

Les travaux du professeur Emmanuel Martinod ouvrent la voie à d’autres innovations et devraient apporter des modifications importantes aux procédures de greffe actuelles. Fort de ce premier exploit, le professeur se lance sur d’autres fronts : il est déjà engagé dans des recherches sur le larynx artificiel et ne cache pas son intérêt pour le poumon artificiel biologique.

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