Grenelle des violences conjugales : appelez le 3919

Grenelle des violences conjugales : appelez le 3919

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Ce mardi 3 septembre 2019, le gouvernement lance officiellement le Grenelle des violences conjugales. La date n’a pas été choisie par hasard puisqu’elle fait référence au 3919, numéro de téléphone national destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. Anonyme et gratuit, ce numéro permet aux victimes d’échanger avec des écoutants et d’obtenir des informations concrètes pour faire face aux violences qu’elles subissent.

Le seuil tragique des 100 féminicides

Le terme « féminicide » désigne un homicide perpétré sur une femme en raison de sa condition de femme. Le samedi 31 août, le collectif Féminicides par (ex-) compagnons a recensé le 100e féminicide commis depuis le début de l’année. Un décompte glaçant qui vise à marquer les esprits et à provoquer une prise de conscience générale. L’an passé, ce seuil avait été atteint au mois d’octobre. De nombreux collectifs d’aide aux victimes dénoncent une accélération inquiétante des meurtres de femmes et demandent au gouvernement un plan de grande ampleur.

3919 : des appels de plus en plus nombreux

Le 3919 (Violences Femmes Info) a été créé en 2009. Sa gestion est assurée par la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), qui regroupe une soixantaine d’associations d’aide et de prise en charge des victimes de violences conjugales. En 2018, plus de 50 000 appels avaient été reçus. Après avoir connu un palier en 2014, le taux d’appel a augmenté de 9,5 % entre 2017 et 2018. Pour le premier semestre 2019, on observe déjà une hausse de 6 %. Le nombre d’appels est variable d’une région à une autre et il existe de fortes disparités. Il est ainsi deux fois plus élevé en région Île-de-France qu’en Normandie.

Ce que révèlent les appels au 3919

Les analyses réalisées par la FNSF ont mis en avant la typologie des violences subies par les victimes. Les violences psychologiques, verbales (injures, menaces) et physiques sont les plus représentées. D’autres formes sont citées, comme les violences économiques, sexuelles et administratives. En 2017, 93 % des victimes ayant contacté le 3919 ont expliqué ressentir de la peur, de l’anxiété, de l’angoisse et du stress. 80 % exprimaient un sentiment de honte et de culpabilité et 50 % décrivaient une perte d’estime, de la lassitude, de la fatigue ou une dépression. Notons que les enfants sont eux aussi des victimes des violences conjugales, que ce soit de manière directe (24 %) ou en tant que témoin. Durant le Grenelle, le 3919 sera largement diffusé sur les réseaux sociaux, dans les médias et les campagnes initiées par les autorités publiques, afin d’encourager les victimes à s’exprimer.

Quelles attentes du côté des associations ?

Le Grenelle des violences conjugales se tiendra du 3 septembre au 25 novembre. Cet événement est né de l’initiative de Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. L’objectif est d’augmenter les moyens d’action contre les meurtres de femmes par leur partenaire ou ex-partenaire. Dans ce domaine, les associations réclament des mesures urgentes. La FNSF a par exemple fait plusieurs propositions qui s’articulent autour de quatre grands axes :

  • améliorer la protection des victimes ;
  • assurer la répression pénale des auteurs de violences ;
  • renforcer la coordination des différents acteurs ;
  • développer les actions de prévention, d’éducation et de formation.

D’autres collectifs demandent un fonds de 500 millions à 1 milliard d’euros pour avoir plus de moyens sur le terrain. Ils réclament aussi la création d’au moins 2 000 places d’hébergement supplémentaires pour les femmes qui quittent le domicile conjugal, une meilleure formation des policiers et gendarmes qui recueillent les plaintes ou encore la création d’instances judiciaires spécialisées. Enfin, l’entrée de la notion de féminicide dans le Code pénal est également très attendue.

Les dispositifs existants

Pour l’heure, différents dispositifs peuvent être utilisés, à l’image du « téléphone grave danger », testé dès 2009 en Seine-Saint-Denis et à Strasbourg. Ce téléphone est doté d’une seule touche qui permet d’appeler directement les secours. Il est attribué aux femmes victimes de violences conjugales qui le demandent, et ce pour une durée de six mois renouvelables. Au cours de l’année 2018, ce type de téléphone a permis 282 interventions des forces de l’ordre en 2017 et 420 en 2018. Nicole Belloubet, ministre de la Justice, avait déclaré début juillet 2019 sa volonté de voir le dispositif se développer davantage. Autre mesure prévue par la loi depuis février 2017 : le bracelet électronique anti-rapprochement baptisé DEPAR. Toutefois, il n’a pas encore été expérimenté en dépit de multiples demandes. Présenté sous la forme d’un bracelet électronique, ce système permet de géolocaliser le conjoint (ou ex-conjoint) violent. Il est associé à un boîtier remis à la victime, qui est immédiatement informée si l’auteur des violences approche. Dans le cas où celui-ci pénètre dans une zone « interdite », une alarme se déclenche automatiquement et s’ensuit de l’intervention des forces de l’ordre. Une loi visant à généraliser le DEPAR est en préparation et devrait être présentée à l’automne.

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