Intelligence artificielle et médecine : quand la question éthique se pose

Intelligence artificielle et médecine : quand la question éthique se pose

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En France l’intelligence artificielle (AI) prend chaque année de plus en plus de place dans le domaine de la santé. La raison est simple, les médecins sont conquis et l’administration également, grâce à la masse d’informations centralisée. Chaque hospitalisation donne en effet lieu à la production d’un rapport qui résume les pathologies et les actes techniques réalisés, à des fins de remboursement. Ces rapports nourrissent le Système national des données de santé qui couvre 99 % de la population française. Environ mille milliards de données, c’est la quantité d’informations que pourrait contenir votre dossier médical d’ici 2030.

Applications et médecine, une love story

L’IA n’est qu’à ses débuts pourtant elle a déjà fait ses preuves dans la médecine de diagnostic, notamment dans l’imagerie médicale et la dermatologie. La technologie commence même déjà à s’affranchir de l’homme. En avril dernier, la Food and Drug Administration aux États-Unis a pour la première fois laissé une IA poser un diagnostic sans supervision de médecin, il s’agissait de dépister une rétinopathie diabétique. « L’université de Stanford a démontré que l’IA était meilleure que les dermatologues pour détecter certains mélanomes », est intervenu Clément Goehrs, cofondateur de la start-up Synapse. « Demain vous pourrez prendre en photo un grain de beauté suspect avec votre smartphone et une application vous délivrera immédiatement son analyse », prédit l’entrepreneur dont la société a conçu un outil d’aide à la prescription.

Quand l’intelligence artificielle se fait indispensable

L’IA entre à l’hôpital, pour amener à une amélioration globale de la prise en charge, comme l’aide à la rédaction de comptes rendus médicaux.

Loin de remplacer l’homme, ces applications aident au contraire le personnel soignant dans le quotidien. Des médecins et chercheurs de l’AP-HP, de l’Inserm et de l’université Paris-Descartes ont récemment utilisé un réseau de neurones pour prédire les chances des patients atteints d’un cancer colorectal de guérir grâce à la radio-chimiothérapie, pour leur éviter une ablation inutile du rectum.  En confiant à une intelligence artificielle le suivi à distance, quotidien de ses patients, que ce soit pour répondre à leur interrogation ou pour contrôler que la prise de traitement est respectée, le professionnel peut dégager du temps pour soigner et accompagner le patient différemment.

Pour le patient, ces solutions semblent rassurantes et réduisent le temps d’hospitalisation. Enfin, optimiser la charge de travail du personnel soignant permet aussi, à l’échelle nationale de réaliser des économies qui pourront être réinvesties dans l’innovation, la recherche ou de meilleures infrastructures. Faciliter l’entrée de l’intelligence artificielle dans les établissements de santé apporte donc des bénéfices forts au système médical dans son ensemble.

 

Un problème éthique se pose

 Malgré le fleurissement de nombreux projets ambitieux, il ne faut pas pour autant atténuer les difficultés qui se posent dans leur mise en œuvre. Collecter et exploiter des données médicales n’est pas simple, le big data et l’IA dans la médecine posent de nombreuses problématiques éthiques et juridiques qu’il est urgent de résoudre.

Actuellement, lorsqu’un centre hospitalier détient les données d’un patient avec son consentement, ces informations sont collectées dans un cadre précis tout comme leur utilisation : la législation impose l’obligation de demander à nouveau au patient son autorisation si le médecin souhaite les exploiter en vue d’un autre projet, d’une autre utilisation (recherches).

Cependant, cette approche est incompatible avec le big data, qui nécessite une mise à disposition d’une masse de données aussi grande et complète possible. Quand on sait quel potentiel ces données représentent pour la recherche, on peut en conclure qu’il est non-éthique de ne pas permettre l’exploitation. La loi est en retard sur l’éthique et le big data cependant, il est urgent de statuer sur tout cela.

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