La fausse couche, parlons-en !

La fausse couche, parlons-en !

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La fausse couche touche plus d’une femme sur dix dans le monde. Pourtant, nous n’entendons que très peu parler de ce problème pour ainsi dire tabou. L’Actu Pharma GDD vous dit tout sur les symptômes, les causes et les traitements de la fausse couche et vous livre ses recommandations pour apprendre à en parler et à l’accepter.

Qu’est-ce que la fausse couche ?

Une fausse couche correspond à l’interruption spontanée d’une grossesse. La femme enceinte perd son embryon avant la 20e semaine de gestation (soit avant le 5e mois) ou avant la 22e semaine d’aménorrhée (premier jour des dernières règles).

Fausse couche précoce ou tardive

La fausse couche est dite précoce lorsqu’elle survient avant la 14e semaine de grossesse. On peut même parler de fausse couche “ultra précoce” lorsqu’elle a lieu moins d’une semaine après l’implantation de l’embryon ou avant la date prévue des règles. C’est généralement entre la 8e et la 14e semaine que le risque augmente, car c’est à ce moment que l’embryon devient un fœtus, que les membres prennent forme et se meuvent. Cet avortement spontané prématuré concerne 10 % des grossesses.

La fausse couche tardive est moins fréquente, mais peut se produire entre la 14e et la 22e semaine. Avant la 20e semaine, la femme commence à sentir le fœtus bouger dans son ventre. Au bout de 22 semaines d’aménorrhée, ou dès lors qu’il pèse 500 grammes, le fœtus est considéré comme viable et le risque de fausse couche devient très faible.

Fausse couche isolée ou répétitive

Une fausse couche isolée signifie que la femme n’a eu au cours de sa vie qu’une seule interruption spontanée de grossesse. Soit elle a déjà eu un enfant auparavant et la deuxième tentative s’est soldée par un échec, soit elle voulait avoir un enfant pour la première fois, n’a pas réussi mais réussira la fois suivante. En moyenne, 15 % des grossesses font face à une fausse couche isolée.

La fausse couche à répétition caractérise une femme qui a subi au moins trois interruptions spontanées de grossesse avec le même partenaire. Dans ce cas, des examens approfondis sont réalisés pour déterminer la cause de ces arrêts de grossesse. Des échographies pour analyser l’utérus, des bilans sanguins, hormonaux et infectieux sont prévus pour la femme. De son côté, l’homme peut être amené à effectuer un spermogramme et une consultation génétique.

Les différents types de fausse couche

En fonction de leur caractérisation et de leurs symptômes, les fausses couches sont classées selon quatre catégories :
L’œuf clair : une fécondation a lieu et l’œuf parvient à s’implanter dans l’utérus mais ne peut se développer du fait de l’absence de division des cellules. Le corps, seul, finira par expulser le sac embryonnaire, en général de façon indolore.
La fausse couche complète : le sac embryonnaire sort entièrement de l’utérus. Les douleurs abdominales s’estompent alors et les saignements abondants s’affaiblissent progressivement.
La fausse couche hyperalgique : le sac gestationnel n’est pas complètement retiré de l’utérus, ce qui provoque des contractions et des saignements intenses.
L’avortement spontané hémorragique : la perte de sang ne s’arrête pas, au point de provoquer des vertiges et des nausées. Il est nécessaire d’aller aux urgences pour aider l’expulsion par intervention chirurgicale.

Quels sont les symptômes d’une fausse couche ?

Comment savoir si l’on fait une fausse couche ? Plusieurs signes sonnent l’alarme. Si la fausse couche est précoce, il est possible que vous n’ayez pas de symptômes, voire que vous ne vous en rendiez même pas compte. A un stade plus avancé, vous pouvez sentir des douleurs pelviennes (dans le bassin), dans le bas du ventre et dans le bas du dos sous forme de crampes. Vous pouvez également constater des saignements vaginaux appelés métrorragies. Il arrive même que votre corps expulse des caillots de sang. Si vous avez ces symptômes, prenez rendez-vous chez un médecin ou chez votre gynécologue pour établir un diagnostic par échographie.

Les causes de la fausse couche

Dans la majorité des cas, la fausse couche provient d’une anomalie de développement de l’embryon. Il peut s’agir d’une malformation génétique ou chromosomique qui empêche la suite de la croissance et conduit à une fausse couche.

Un deuxième facteur qui influence le taux de fausses couches est l’âge des parents. Plus les futurs parents sont âgés, plus le risque augmente. La qualité et la quantité des spermatozoïdes diminuent avec l’âge du côté du père. De même, la mère encourt plus de risque de diabète ou d’hypertension, facteurs qui peuvent compliquer la grossesse. Plus d’anomalies chromosomiques sont détectées après un certain âge, menaçant la croissance cérébrale de l’embryon.

Certains problèmes de santé de la mère ont des conséquences sur la survie de l’embryon. Les femmes souffrant de maladies chroniques comme le diabète, le lupus ou l’hyperthyroïdie sont plus sujettes aux fausses couches. Quelques carences en vitamines, notamment B9 et B12, et certains médicaments (l’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène) peuvent augmenter le risque d’interruption spontanée de grossesse. Des maladies gynécologiques agissent évidemment sur la fausse couche, telles que l’endométriose et l’inflammation utérine.

Durant sa grossesse, une femme doit prendre beaucoup de précautions pour réduire la possibilité d’une fausse couche. L’obésité, le stress, le tabagisme, la consommation d’alcool et de café, la pollution de l’air et les pesticides sont des éléments qui augmentent la probabilité de faire une fausse couche. De même, certains sports de combat sont risqués, car un choc peut jouer sur la survie du bébé. La femme enceinte doit donc trouver l’équilibre entre le maintien de sa forme physique et le repos.

Quel traitement en cas de fausse couche ?

Dans le cas de l’œuf clair et de la fausse couche complète, le sac gestationnel s’évacue naturellement de lui-même. Comptez deux semaines avant de faire une échographie qui attestera que l’utérus est vide.

Si la fausse couche est incomplète, un médecin peut prescrire un traitement par voie orale ou vaginale pour ouvrir le col de l’utérus. La solution la plus courante est l’administration de cachets de misoprostol qui vont contracter les fibres musculaires et participer à l’élimination des résidus présents dans l’utérus. Le résultat survient au bout de seulement quelques heures et peut provoquer fièvre, diarrhée et vomissements en plus des douleurs abdominales et des saignements.

Il existe un traitement chirurgical par curetage pour les cas subissant des complications. L’aspiration endo-utérine est une intervention par anesthésie générale ou péridurale qui consiste à passer un tuyau “aspirateur” dans le vagin pour décoller l’embryon. Les femmes du rhésus sanguin négatif ayant eu un fœtus du rhésus positif reçoivent en plus une injection pour prévenir l’allo-immunisation pour les couvrir du risque pour un prochain fœtus. C’est d’ailleurs le même traitement qui est appliqué pour l’IVG.

Par prévention, il est conseillé dans les deux semaines suivant la fausse couche d’éviter de mettre des tampons et d’avoir des relations sexuelles, car ces facteurs pourraient favoriser les infections de la cavité utérine.

L’après fausse-couche : pourquoi faut-il en parler ?

Faire face aux idées noires et au deuil

A la suite d’une fausse couche, il faut veiller à ne pas sombrer dans la tristesse. Il est évident que des sentiments négatifs vont naître, comme le chagrin, la colère et la dépression. Le chagrin se manifeste différemment parmi les femmes. Plus le terme est avancé, plus la mère s’est attachée à son enfant. Le malheur du père est également ressenti différemment mais tout aussi intensément du fait de la frustration de ne pas avoir pu plus approcher le bébé. Même si le fœtus n’est pas venu au monde, les parents l’ont déjà aimé et chéri. Ils ont donc besoin de temps pour faire leur deuil à leur rythme. Il est important de respecter le temps et l’expression du deuil.

En parler au sein du couple est important pour se comprendre et se soutenir. Il ne faut pas s’enfermer dans la solitude mais plutôt s’ouvrir à la discussion, dans un premier temps avec des personnes qui ont aussi vécu cette souffrance. Vous pouvez rejoindre des groupes de parole au sein desquels vous pourrez partager et mettre des mots sur l’événement marquant de votre vie. Cela vous aidera à accepter la situation et à savoir comment l’aborder avec d’autres personnes. Vous pouvez également consulter un psychologue pour laisser parler vos émotions et libérer la parole.

Lutter contre le tabou

Aborder la fausse couche peut s’avérer difficile. Vous craignez certainement la réaction de vos proches et vous n’osez en parler par pudeur. De manière générale, les sujets liés à l’intimité restent tabous. Dans le cas de la fausse couche, le sentiment de honte s’explique par la marginalité : seule une minorité des couples n’arrive pas à avoir d’enfant. En tant qu’adultes ayant vécu une fausse couche, vous vous remettez en question et vous culpabilisez en pensant que c’est de votre faute. Stop ! La plupart des fausses couches ne viennent pas des parents et la stérilité n’est pas une honte.

Que vos proches aient été au courant ou non de votre grossesse, n’hésitez pas à en parler avec eux. Ils sauront vous réconforter et vous apporter l’aide dont vous avez besoin. Si vous avez eu un enfant auparavant, expliquez-lui ce qu’il s’est passé. Il est important que le grand frère ou la grande sœur comprenne pourquoi soudainement le ventre de maman n’est plus aussi rond et pourquoi ses parents sont tristes. La fausse couche est à considérer comme une partie de l’histoire familiale.

Se reconstruire et prévenir

Se pose ensuite la difficile question d’un nouvel enfant. Un tel événement entraîne une perte de confiance en soi et suscite la peur d’un scénario qui se répète. Sachez que vous n’êtes pas seule : 44 fausses couches se produisent par minute dans le monde et une femme sur dix est victime d’au moins une fausse couche au cours de sa vie. Une fausse couche crée un trouble de stress post-traumatique et augmente le risque d’anxiété lors d’une nouvelle grossesse.

Pour éviter cette appréhension, discutez-en avec votre médecin pour réaliser des examens permettant de déterminer la cause de la fausse couche. En effet, lors de la première fausse couche, la cause n’est pas toujours recherchée, alors que des traitements hormonaux suffiraient à prévenir certaines fausses couches. Le médecin pourra aussi vous aiguiller sur les solutions adaptées de manière à retomber enceinte en limitant le risque de récidive. Il peut vous informer sur la PMA dans le cas d’une stérilité.

En tant que femme ayant subi une fausse couche, vous avez le pouvoir d’agir pour améliorer la prise en charge pendant le traitement médicamenteux, et après le traitement, en incitant à déployer un accompagnement psychologique personnalisé. Bien que le fœtus ne soit pas considéré légalement comme un être humain, il vous est nécessaire d’être suivie après une telle perte. Ainsi, il reste beaucoup à faire pour que les droits s’ouvrent, la parole se libère et que les fausses couches soient plus reconnues et mieux prises en charge.

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