Les dangers insoupçonnés du chlorpyrifos

Les dangers insoupçonnés du chlorpyrifos

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Alors que le glyphosate est sur le devant de la scène depuis plusieurs années, d’autres substances nocives continuent de provoquer des dégâts sur la santé. Dernier scandale en date : le chlorpyrifos, un insecticide considéré comme neurotoxique et particulièrement néfaste pour le développement des enfants. Dans un article daté du 17 juin, le journal Le Monde a révélé que plusieurs études scientifiques accablantes ont déjà été publiées. Or, le produit est toujours utilisé en Europe et dans le monde.

Qu’est-ce que le chlorpyrifos ?

Avant d’être employé dans le secteur de l’agriculture, le chlorpyrifos a servi de gaz innervant au cours de la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1960, il est pulvérisé sur les cultures de fruits et légumes dans le but d’éradiquer les pucerons et les chenilles. Cet insecticide de la famille des organophosphorés est fabriqué par l’entreprise américaine Dow et remplace le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), interdit depuis les années 1970 pour ses effets dévastateurs sur la santé et l’environnement.

Lésions cérébrales, autisme : des études alarmantes

En août 2014, un rapport rendu par l’ANSES estime que le chlorpyrifos “n’est pas nocif dans les conditions d’usage fixées”, impliquant le port de lunettes de protection, d’un masque respiratoire et de gants. En revanche, les risques sont bien plus élevés pour les consommateurs. Des traces de l’insecticide ont ainsi été retrouvées dans les oranges, les pommes, la laitue, et, plus inquiétant encore, dans des échantillons d’urine d’enfants et des prélèvements effectués sur des cordons ombilicaux. L’étude la plus préoccupante a été publiée en 2015 dans le Journal of clinical endocrinology and metabolism. Elle a prouvé que le chlorpyrifos est à l’origine, en Europe, de 59 300 cas de déficience intellectuelle et occasionne une perte de 2,5 points de QI en moyenne par enfant.

Une autre étude, menée en Californie et publiée en mars 2019 dans le British Medical Journal, a mis en avant le fait que l’insecticide provoquerait des lésions cérébrales, un retard de développement au niveau du cerveau et des cas d’autisme chez les enfants exposés avant et après leur naissance.

État des lieux de l’utilisation du chlorpyrifos

Huit pays européens n’utilisent pas ou plus le chlorpyrifos pour l’agriculture : l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, la Suède, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie et le Royaume-Uni. En France, depuis 2016, son usage n’est autorisé que pour la culture des épinards. Toutefois, il est possible d’être en contact avec la substance par le biais de fruits et légumes importés.

En 2014, Dow a déposé un dossier de renouvellement du chlorpyrifos auprès de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Ce dossier était constitué de 131 études, dont 1 seule portant sur la neurotoxicité du produit, ce qui ne représente que 13 % de la littérature scientifique disponible sur le sujet. Le dossier n’a été examiné que trois ans plus tard, en 2017, et le rapport d’évaluation a été sans appel : “les résultats disparates semblent montrer que les stratégies appliquées n’étaient pas appropriées”. Afin de clarifier les inquiétudes, une nouvelle étude a été demandée. Un avis définitif devrait être rendu avant le 31 janvier 2020, et, selon les informations du Monde, la Commission européenne s’apprêterait à proposer un retrait du marché.

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