Les médicaments soignent-ils moins bien les femmes ?

Les médicaments soignent-ils moins bien les femmes ?

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Une récente étude publiée dans le journal Biology of Sex Differences met en avant les inégalités qui persistent entre les femmes et les hommes dans le domaine de la santé, et plus particulièrement dans la prise de médicaments. La revue Science & Vie avait déjà tiré la sonnette d’alarme à ce sujet en avril 2017, regrettant le manque d’intérêt des scientifiques et des améliorations encore trop timides. Trois ans plus tard, ce sont des chercheurs américains qui se sont penchés sur la question.

Des effets secondaires plus fréquents et plus intenses

L’Université de Californie et l’Université de Chicago se sont associées afin d’analyser les données de plusieurs milliers d’articles médicaux concernant les effets sur l’organisme de 86 médicaments, dont des antidépresseurs, antiépileptiques et analgésiques. Cette étude s’est surtout intéressée à la pharmacocinétique, c’est-à-dire au devenir des médicaments dans le corps. Elle a mis en évidence le fait que, pour une même prise médicamenteuse, la concentration de molécule dans le sang est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, et qu’elle met plus de temps à disparaître complètement du corps. Un autre élément se révèle préoccupant : les réactions indésirables sont deux fois plus fréquentes chez les femmes et aussi plus intenses. Ces effets secondaires sont nombreux : nausées, maux de tête, somnolence, dépression, prise de poids, déficits cognitifs, convulsions, hallucinations, anomalies cardiaques…

Sexisme et exclusion des femmes

Selon le professeur Irving Zucker, auteur principal de l’étude, c’est le sexisme qui serait responsable de cette situation. En effet, les femmes sont très souvent exclues des essais cliniques pour des critères discutables. Ainsi, bon nombre de chercheurs estiment encore que les fluctuations hormonales rendent difficile l’évaluation des effets des médicaments sur les femmes. Sans compter la persistance d’une croyance populaire selon laquelle une étude effectuée sur les hommes est valable pour les femmes… Or, force est de constater que le principe de la dose unique est susceptible de porter préjudice aux femmes plus qu’aux hommes.

En 2016, les National Institutes of Health aux États-Unis ont admis qu’il existe un biais masculin dans les études et ont imposé la parité dans les différents protocoles.

Une problématique bien plus large

Derrière cette étude illustrant les inégalités face aux effets secondaires des médicaments se cache un problème plus large affectant l’ensemble du domaine de la santé et de la recherche. En effet, seuls 15 % des auteurs principaux des études sont des femmes, et 16 % des essais cliniques récents ont été dirigés par des femmes. Dans ce cas de figure, il a été observé que les femmes étaient plus nombreuses parmi les participants que dans les essais menés par des hommes. Selon plusieurs spécialistes, aller vers davantage de parité pourrait faire disparaître les anciens biais cognitifs et garantir une priorité égale accordée à la santé des femmes et des hommes. Cela concerne les études, mais aussi les comités d’évaluation des chercheurs, les comités éditoriaux des revues scientifiques et les comités de supervision, qui sont encore dominés par la gent masculine.

La principale piste avancée pour faire reculer le sexisme et systématiser la parité réside dans l’encouragement des jeunes filles à entreprendre des formations scientifiques et à briguer des postes importants, au même titre que les hommes.

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