Les produits trop salés dans le viseur des députés

Les produits trop salés dans le viseur des députés

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D’après des informations révélées par Le Figaro le 28 août, la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle envisagerait de proposer une taxe sur les produits trop salés. Le rapport sera remis à la fin du mois de septembre et pourrait alors perturber les habitudes des industriels.

Lutter contre la surconsommation

En France, la consommation moyenne de sel est située entre 9 et 12 grammes par jour. Un chiffre deux fois supérieur aux 5 grammes recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est en partant de ce constat que la commission parlementaire a envisagé la mise en place d’une taxe sur les produits industriels particulièrement salés, notamment les plats préparés et le pain industriel. En effet, les trois quart de la consommation de sel sont issus de ces produits. Une taxe inciterait les fabricants à revoir leurs recettes et à réduire le taux de sel. A terme, cela permettrait de déshabituer les consommateurs à manger très salé, une manie qui n’est pas sans conséquences pour la santé.

Les effets néfastes du sel

Pierre Meneton, biologiste et chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et auteur d’un ouvrage intitulé Le sel, un tueur caché (Editions Favre, 2009) rappelle que le sel n’est pas si inoffensif qu’on le pense. Il constitue en effet un puissant moteur de consommation : il donne du goût à des aliments qui n’en n’ont pas forcément dans leur état naturel, rehausse les saveurs sucrées et incite à boire davantage au cours de la journée mais pas systématiquement de l’eau, qui est pourtant la seule boisson recommandée. De plus, le sel charge en eau des aliments qui sont ensuite vendus au poids, ce qui est synonyme de bénéfices importants pour les industriels.

Une trop grande consommation de sel favorise les accidents cardiovasculaires, les maladies chroniques et l’obésité. Chaque année, la prise en charge des maladies cardiovasculaires entraîne entre 12 et 15 milliards d’euros de frais. Le sel est donc également un enjeu économique. Or, il est tout à fait possible pour les fabricants de retirer jusqu’à 20 % du sel présent dans leurs produits sans que cela n’ait d’impact sur le goût ou la sécurité des consommateurs.

Le modèle : la taxe « soda »

Les députés à l’origine de ce projet de taxe sur les produits salés se sont tout simplement inspiré de la taxe « soda » mise en place en 2013. Proportionnelle au taux de sucre contenu dans les boissons, cette taxe a incité les grands groupes industriels à réduire leur teneur en sucre de 15 à 30 %. Chaque année, elle rapporte près de 520 millions d’euros à l’Etat. Cependant, les engagements restent volontaires et peu contraignants, ce qui n’est plus suffisant. Loïc Prud’homme, président de la commission parlementaire, veut aller encore plus loin dans les mesures afin d’atteindre les objectifs de santé publique. Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, émet quant à lui l’idée d’un « grammage de sel imposé en fonction des produits » et de sanctions appliquées aux industriels qui ne respecteraient pas les règles.

Comment réduire sa consommation de sel ?

Pour réduire sa consommation de sel au quotidien, l’idéal est de cuisiner le plus souvent soi-même avec des produits frais. Cela garantit un meilleur contrôle des apports et un réapprentissage du réel goût des aliments. Pierre Meneton recommande également de limiter le pain, la charcuterie, le fromage et, plus surprenant, les pâtisseries. Enfin, les députés envisagent de renforcer la sensibilisation aux bons gestes alimentaires dans les écoles et de mieux encadrer la publicité télévisuelle pour les produits très transformés dans les tranches horaires dédiées aux programmes jeunesse.

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