L’expérimentation du cannabis médical commence en France

L’expérimentation du cannabis médical commence en France

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Après avoir été reportée en raison de l’épidémie de Covid-19, l’expérimentation du cannabis médical va être lancée à la fin du mois de mars. Cette étape est très attendue par des milliers de patients et professionnels de santé. Lancé au Canada en 2001, puis aux Pays-Bas en 2003, l’usage du cannabis à usage thérapeutique est aujourd’hui autorisé dans une quarantaine de pays, dont 22 en Europe. Comment l’expérimentation va-t-elle se passer en France ? Qui pourra y participer ? Quel sera le rôle des médecins et des pharmaciens ? L’Actu GDD répond à toutes les questions que vous vous posez sur le sujet.

Débat passionné et enjeu politique

Le cannabis thérapeutique, ou cannabis médical, fait l’objet de nombreux débats passionnés depuis des années, tant d’un point de vue éthique que politique. Il est issu du chanvre, qui contient deux cannabinoïdes majeurs : le tetrahydrocannabidiol (THC) et le cannabidiol (CBD). La plante est exclue de la pharmacopée française depuis 1953. Pour le grand public, le cannabis reste un stupéfiant, dont la culture est interdite, y compris à des fins thérapeutiques. Pourtant, son utilisation dans le milieu médical est de plus en plus demandée, notamment par les patients qui se trouvent dans une impasse thérapeutique. Un premier pas a été fait par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en 2018, avec la création d’un comité scientifique spécialisé temporaire. Celui-ci a rendu un avis favorable en 2019, donnant lieu à la publication, un an plus tard, d’un décret autorisant l’expérimentation du cannabis médical pour plusieurs indications.

Cannabis médical : 5 indications

Pour cette première expérimentation, le cannabis médical est considéré comme un véritable médicament destiné à renforcer l’arsenal thérapeutique contre la douleur. Il viendra compléter les traitements habituels des 3 000 patients impliqués, et non les remplacer. Cinq problématiques médicales ont été retenues :

  • les douleurs neuropathiques chroniques résistantes aux antalgiques de référence ;
  • les contractions permanentes ou paroxystiques des muscles provoquées par la sclérose en plaques ;
  • les effets indésirables des chimiothérapies ;
  • certaines formes sévères d’épilepsie ;
  • les soins palliatifs.

Pour chaque patient sélectionné, la première consultation se déroulera au sein de l’une des 200 structures de référence, auprès d’un médecin formé. Une ordonnance sécurisée sera établie afin de lui permettre d’obtenir ses médicaments dans une pharmacie participant à l’expérimentation. Le suivi pourra ensuite être effectué par un médecin en libéral ayant validé une formation spécifique auprès de l’ANSM, à raison d’une consultation par mois, voire plus souvent pour adapter la posologie ou le dosage du médicament. Des consultations longues sont prévues pour recueillir des éléments médicaux plus poussés, concernant notamment la tolérance et l’efficacité du cannabis médical.

Une expérimentation contrôlée et limitée

D’une durée de deux ans, l’expérimentation du cannabis thérapeutique fera l’objet d’un encadrement strict et de certaines limites. Son but premier est d’évaluer le processus d’accès aux médicaments et, secondairement, de collecter des données cliniques sur leur efficacité. Le cannabis médical pourra être prescrit et délivré en différentes concentrations et sous trois formes : fleurs séchées, huile et gélules. En fonction du ratio THC/CBD, il aura un effet antalgique et anti-nauséeux ou aidera à réduire les crises convulsives et à favoriser un apaisement global. Les doses pourront être augmentées de manière progressive, jusqu’à atteindre le niveau optimal d’efficacité avec le moins d’effets secondaires. Ceux-ci sont bien connus des professionnels de santé et liés au THC. Il s’agit évidemment d’un risque de dépendance, mais aussi de somnolence, de crise d’angoisse et d’état paranoïaque. Des variations de la tension artérielle et du rythme cardiaque sont également possibles. Par ailleurs, le cannabis thérapeutique sera contre-indiqué pour les patients qui présentent un terrain cardiovasculaire à risque, une pathologie psychiatrique ou des troubles anxieux sévères.

Un registre électronique sera mis en place afin de suivre tous les patients. Il sera renseigné et mis à jour régulièrement par les prescripteurs, les pharmaciens et les patients eux-mêmes. Un patient qui souhaite se retirer de l’expérimentation ne pourra pas le faire seul, mais devra être accompagné. En outre, un patient qui se retire ou ne suit plus son traitement pour une raison quelconque pourra être remplacé par un autre participant. Six mois avant la fin de l’expérimentation, un rapport sera remis aux autorités de santé afin de déterminer une éventuelle généralisation du cannabis médical.

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