LGBT : une santé mentale sous tension

LGBT : une santé mentale sous tension

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Le 17 mai, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, Santé publique France a consacré son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) à la stigmatisation des personnes LGBT et à l’impact de celle-ci sur leur santé mentale. S’appuyant sur des données issues de diverses études et enquêtes, les auteurs mettent en avant le rôle joué par l’hétéronormativité. Ils soulignent également le fait que l’état psychologique des personnes LGBT peut être affaibli par des facteurs de stress d’origines variées.

Le poids de la norme hétérosexuelle

Malgré des progrès sensibles amorcés au début des années 1980, notamment pour la reconnaissance de leurs droits, les personnes LGBT doivent toujours faire face à des attitudes stigmatisantes et des violences, et sont encore perçues comme hors de la norme hétérosexuelle. Cette situation a des conséquences directes sur leur état de santé, et plus particulièrement au niveau psychologique. Concrètement, cela se traduit par un risque accru de vivre un événement dépressif caractérisé et un risque 2 fois plus élevé de tentative de suicide. Ces risques sont très peu documentés en France, avec des données anciennes et parcellaires.

Au cours de leur vie, les personnes LGBT sont confrontées à des violences physiques, mais aussi verbales, qui se manifestent par des comportements intimidants, des propos dévalorisants, humiliants et insultants. Chez certains individus LGBT, cela entraîne l’apparition de symptômes dépressifs et d’une anxiété parfois sévère. Un stress supplémentaire peut être induit par les préjugés, le rejet, la stigmatisation et la discrimination. Les résultats sont les mêmes lorsque la violence n’est pas explicite ou ouvertement agressive. En effet, le simple fait de rappeler aux personnes LGBT leur appartenance à une “minorité” crée un climat anxiogène et les amène à développer des sentiments négatifs. Elles sont conditionnées à s’attendre à des attaques et l’effort nécessaire pour y faire face puise dans leurs ressources psychologiques.

Plusieurs facteurs de stress identifiés

Dans ce numéro spécial du BEH, les articles ont avancé 4 grands facteurs de stress pour les personnes LGBT. Le premier correspond aux stigmatisations subies en tant que LGBT. Viennent ensuite les stigmatisations non subies mais redoutées, puis les stratégies mises en œuvre pour cacher leur identification sexuelle, associées à la crainte qu’elle soit découverte. Enfin, un stress psychologique plus ou moins marqué peut être dû à une homophobie/biphobie/transphobie intériorisée, c’est-à-dire une vision négative portée sur sa propre identification sexuelle.

Arrêtons-nous sur l’influence de la connaissance et de l’acceptation parentale de l’identification sexuelle LGBT. Un des articles du BEH insiste sur le fait que le rejet des parents de l’homosexualité/bisexualité/transsexualité de leur enfant est toujours lié, à un degré plus ou moins élevé, à une moins bonne santé mentale chez l’enfant. De nombreux témoignages de personnes LGBT font ainsi référence à une détérioration des relations familiales (déni, moquerie, insulte, harcèlement, rejet, etc.) responsable de troubles dépressifs et, dans certains cas, de pensées suicidaires.

Confinement et augmentation des violences

Avant la crise sanitaire, des données montraient que les personnes LGBT rapportaient plus souvent que les personnes hétérosexuelles avoir été victimes de violences familiales. Celles-ci concernaient par exemple 30 % des hommes s’identifiant comme homosexuels et 36 % des bisexuels, contre 13 % des hétérosexuels.

En mars 2020, le confinement strict a donné lieu à une augmentation des violences domestiques et familiales à l’égard des femmes et des enfants. Les personnes LGBT, hommes comme femmes, n’ont pas été épargnées, ce qui a conduit le gouvernement à mettre en place un plan d’urgence pour combattre les violences anti-LGBT : nuit d’hôtel, réactivation de plateformes d’écoute, lancement d’une application permettant de signaler des actes de violence.

Parallèlement à cette mesure, une enquête a été réalisée auprès d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Parmi les 8345 participants, 10,4 % ont déclaré avoir subi des violences familiales au cours du premier confinement, dont 12 % ont estimé qu’elles étaient liées à leur identification sexuelle. Dans 81 % des cas, les répondants vivaient chez leurs parents. Les jeunes étudiants ou au chômage ont été particulièrement concernés, n’ayant pas la capacité de quitter un milieu familial parfois hostile sans tomber dans une situation de grande précarité. Les violences en question ont été majoritairement verbales et psychologiques : propos dévalorisants, remarques désagréables sur l’apparence physique, injures. Toutefois, certains hommes ont aussi été confrontés à des agressions physiques (2,6 %) et à des gestes sexuels imposés qu’ils refusaient (0,5 %). En termes d’impact sur la santé mentale, les violences anti-LGBT au sein de la sphère familiale pendant ce confinement ont provoqué un sentiment d’isolement, de l’anxiété, et ont amené les victimes à prendre des médicaments pour calmer les nerfs ou pour dormir, ainsi qu’à rechercher un soutien psychologique.

Transphobie : peu d’études sur son impact

En France, peu d’études portent sur la transphobie et sur son impact sur les personnes qui en sont victimes. Des travaux anglo-saxons ont toutefois montré que les violences transphobes altèrent la qualité de vie et la santé des personnes trans. Pour la période 2020-2023, un Plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ s’est donné pour objectif de combattre la transphobie.

Malgré les rares données disponibles, il est possible de citer quelques chiffres éloquents. Ainsi, en 2007, une enquête incluant 179 participants a révélé que 29 % d’entre eux avaient fait l’objet de discriminations dans l’accès à l’emploi ou sur leur lieu de travail, du fait de leur identité de genre. 1 personne trans sur 4 avait également renoncé à consulter un médecin par crainte d’être discriminée.

En 2010, une enquête a été consacrée aux discriminations et à la stigmatisation des femmes trans migrantes. 63 réponses ont été récoltées, parmi lesquelles 87 % ont rapporté des agressions verbales répétées. Des agressions physiques multiples avaient aussi été rapportées par 67 % des répondants.

En 2014, une enquête menée sur les réseaux sociaux a impliqué 309 personnes, parmi lesquelles 85 % ont déclaré avoir été victimes de transphobie au cours de leur vie : actes discriminants, injures, violences physiques. La moitié des actes transphobes avaient eu lieu dans l’espace public, un tiers sur le lieu de travail, et 30 % dans l’environnement familial. 56 % des répondants avaient reconnu avoir fait une dépression suite à ces actes. 18 % avaient fait une tentative de suicide. Pourtant, seuls 3 % des victimes avaient déposé plainte.

Finalement, en 2018, un rapport de l’association SOS Homophobie a été publié pour rendre compte, entre autres, des témoignages recueillis sur sa plateforme d’écoute. 11 % des appels concernaient alors des cas de transphobie, avec une hausse constante observée au fil des années : violences psychologiques (79 % des cas), discriminations (55 %), insultes (45 %) et agressions physiques (8 %).

 

En complément de toutes ces données, Santé publique France insiste sur la nécessité d’améliorer la sécurité et la prise en charge des personnes LGBT confrontées à des difficultés, notamment psychologiques. Elle souligne également l’importance des initiatives visant à lutter contre les violences et les discriminations, et évoque l’idée d’abandonner la notion d’orientation sexuelle pour la remplacer par celle d’identification sexuelle, moins réductrice.

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