Misha, premier bébé Français né d’une greffe d’utérus

Misha, premier bébé Français né d’une greffe d’utérus

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Crédits photo : Nova Production/Zone Interdite M6/Ibar Aibar

Dans un communiqué de presse publié le 17 février, l’hôpital Foch de Suresnes (Haut-de-Seine) annonçait une naissance très particulière, celle de Misha. Cette petite fille a vu le jour après une greffe d’utérus réalisée sur sa maman Déborah, atteinte du syndrome de Rokitansky. C’est une première en France et un espoir pour des milliers de femmes.

Greffe d’utérus : le parcours de Déborah

En mars 2019, Déborah, alors âgée de 34 ans, était la première femme en France à bénéficier d’une greffe d’utérus. C’est sa propre mère, Brigitte, 57 ans, qui avait fait don de son utérus pour permettre à sa fille d’envisager une grossesse. En effet, Déborah est atteinte du syndrome de Rokitansky, qui se traduit par une absence d’utérus à la naissance. La greffe a été réalisée par l’équipe du professeur Jean-Marc Ayoubi, chef du service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction à l’hôpital Foch.

À l’issue de l’opération, il a fallu attendre la cicatrisation et s’assurer que le corps de Déborah ne rejetait pas le greffon, avant de procéder au transfert d’embryons congelés. Après des retards liés au confinement du printemps 2020 et à l’arrêt des activités d’assistance médicale à la procréation (AMP), le transfert a été effectué en juillet 2020 et s’est révélé concluant.

Le traitement immunosuppresseur (anti-rejet), moins lourd que pour les autres transplantations, a été adapté à la grossesse. Misha est finalement née le 12 février 2021, à 33 semaines de grossesse (7 mois et demi). Selon le communiqué de l’hôpital, la naissance s’est déroulée dans de très bonnes conditions, sans complications. Bien que prématurée, la petite fille est en bonne santé, tout comme sa maman. La greffe d’utérus a la particularité d’être provisoire. L’utérus greffé a donc été retiré après l’accouchement. Une nouvelle greffe pourra être proposée à Déborah si elle souhaite avoir un deuxième enfant.

L’exemple suédois, à l’origine d’essais cliniques en France

À l’échelle mondiale, la première naissance issue d’une greffe d’utérus a eu lieu en Suède en octobre 2014. Annoncée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, elle fut rendue possible par le professeur Mats Brännström, pionnier dans le domaine, et son équipe de l’université de Göteborg. Depuis, une vingtaine de bébés a vu le jour grâce à cette technique.

En France, l’hôpital Foch a reçu en 2015 l’accord de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) pour mener un programme hospitalier de recherche clinique avec des donneuses apparentées. Le professeur Ayoubi, qui a collaboré avec l’équipe suédoise, est à la tête d’un protocole incluant 10 femmes atteintes du syndrome de Rokitansky. L’évaluation finale a pour but de déterminer si la greffe d’utérus peut être proposée aux femmes ayant subi une ablation de l’utérus (hystérectomie) en raison d’une hémorragie de la délivrance, d’un fibrome ou d’un cancer.

Qu’est-ce que le syndrome de Rokitansky ?

Le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser tient son nom des premiers médecins qui s’y sont intéressés. Il est souvent abrégé en syndrome de Rokitansky ou MRKH. Cette malformation congénitale se manifeste par une absence d’utérus et de deux tiers du vagin. Il concerne 1 femme sur 4 500 et est découvert, dans 80 % des cas, à l’adolescence. Les jeunes femmes s’inquiètent souvent d’une absence de règles autour de 15-16 ans. Les ovaires étant fonctionnels, les dosages hormonaux sont normaux. C’est l’examen gynécologique et l’IRM qui permettent de poser le diagnostic.

Les origines du syndrome de Rokitansky restent floues, sans cause génétique évidente. La piste la plus étudiée est celle de l’épigénétique, c’est-à-dire la modification de l’expression des gènes pendant la vie intra-utérine sous l’influence de facteurs environnementaux. Ce syndrome a de fortes répercussions psychologiques et un impact important sur la vie sexuelle, avec une pénétration douloureuse, voire impossible. La fertilité est également compromise, et les seules alternatives pour les couples qui souhaitent avoir un enfant consistent à se tourner vers l’adoption ou la gestation pour autrui (GPA), interdite en France.

Le suivi médical des femmes atteintes du syndrome de Rokitansky se veut pluridisciplinaire, avec une part importante de consultations avec un psychologue. L’hôpital Necker-Enfants Malades, à Paris, propose par exemple un parcours de soin spécifique pour les jeunes filles et leurs parents. Concernant les traitements, la dilatation vaginale, ou méthode de Franc, est proposée en première intention. Non chirurgicale, elle implique l’utilisation de dilatateurs de différentes tailles qui font travailler les tissus de la patiente pour dilater la cupule vaginale et créer un nouveau vagin. La dilatation vaginale peut être commencée lorsque les jeunes femmes se sentent prêtes, dans l’idéal avant les premiers rapports sexuels. L’intervention chirurgicale n’est envisagée qu’en seconde intention.

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