Peau et lumière bleue : démêler le vrai du faux

Peau et lumière bleue : démêler le vrai du faux

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De plus en plus d’industriels de la cosmétique s’intéressent à la lumière bleue et à son impact sur la peau. Cette lumière diffusée par les écrans numériques est notamment accusée d’accélérer le vieillissement cutané. Certains laboratoires se lancent donc dans la fabrication de soins préventifs et insistent sur la nécessité de protéger sa peau. Pourtant, les recherches scientifiques n’ont pour le moment apporté aucune preuve permettant de confirmer leurs arguments.

Difficile d’y échapper

En moyenne, notre peau est exposée à la lumière bleue six heures par jour. Entre les smartphones, les ordinateurs et les tablettes, il est de plus en plus difficile de l’éviter. A l’instar des autres lumières du spectre visible, la lumière bleue n’est pas nocive à faible dose et fait même partie du traitement de certaines affections cutanées comme l’acné, l’eczéma ou le psoriasis. Catherine Grillon, chercheuse en biologie de la peau au sien d’un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), précise toutefois qu’une exposition forte et chronique peut être mauvaise à long terme pour la peau et induire un stress oxydatif favorisant l’apparition précoce de rides et de taches pigmentaires.

Des recherches encore peu solides

Certains fournisseurs d’ingrédients cosmétiques comme Solabia ou Alban Muller commencent à peine à lancer des études cliniques afin d’analyser le réel effet d’une haute dose de lumière bleue sur l’épiderme. Ces études restent très modestes et manquent de recul car elles sont réalisées pendant une durée réduite sur des échantillons d’une dizaine de volontaires seulement. En outre le stress oxydatif peut être lié à d’autres facteurs comme le tabagisme, la pollution ou l’anxiété, éléments qui ne sont pas pris en compte dans ces études. Catherine Grillon ajoute que « les UV ne sont pas très éloignés de la lumière bleue dans le spectre de longueurs d’ondes et [qu’]il n’est pas forcément évident de différencier leurs effets ».

Une seule étude française publiée

La littérature scientifique est loin d’être riche en documentation concernant la lumière bleue. En France, la seule étude publiée date du mois d’août 2018 et a été réalisée par la société Gattefossé, fournisseur d’actifs pour les industries de beauté et de santé. Les chercheurs ont exposé des cellules épidermiques à l’équivalent de 1 952 heures (soit 6 heures par jour pendant 11 mois) de lumière artificielle mimant celle des écrans. Si les cellules sont restées en vie, leur structure et leur maintien ont été fortement perturbés. Les conclusions émises par les chercheurs sont que la lumière bleue « peut contribuer à un photo-vieillissement prématuré de la peau […] et conduit à l’épuisement des cellules et un probable stress oxydatif ». Par principe de précaution, ils recommandent donc de ne plus négliger la protection contre la lumière visible. Cette seule étude ne suffit pas et ses résultats devront être confirmés par d’autres recherches plus poussées.

Un manque de preuves scientifiques

En tant que consommateurs, il est alors légitime de s’interroger : cet intérêt croissant pour la lumière bleue ne découlerait-il pas d’une tendance marketing ? Selon Catherine Grillon, cela ne fait aucun doute. L’entrepreneur japonais Tatsu Kurebe, qui connaît bien l’industrie cosmétique, est lui aussi dubitatif. Dans son pays, pourtant précurseur sur de nombreux points dans le domaine des soins de la peau, la lumière bleue « n’est pas un sujet brûlant ». Il ajoute qu’aucune preuve scientifique ne permet à l’heure actuelle d’appuyer les arguments des sociétés qui commercialisent des produits visant à lutter contre ses effets supposés sur la peau.

En revanche, les chercheurs ont déjà prouvé son impact négatif sur les yeux et mis en avant le fait que lorsqu’une molécule particulière de l’œil est touchée par de la lumière bleue, cela provoque une chaîne de réactions chimiques conduisant à l’autodestruction de la rétine. Pour s’en protéger, il est recommandé de porter des lunettes de soleil filtrantes, d’éviter d’utiliser son téléphone portable, sa tablette ou son ordinateur dans le noir et de privilégier les liseuses. Pour les personnes qui ne peuvent pas se passer d’écrans (pour des raisons professionnelles par exemple), les fabricants de lunettes proposent de plus en plus d’appliquer un filtre anti-lumière bleue sur les verres. Enfin, certaines applications peuvent être installées sur les outils numériques afin de réduire l’émission de cette lumière.

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