Pénurie de gynécologues médicaux : la santé des femmes menacée

Pénurie de gynécologues médicaux : la santé des femmes menacée

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Tout est parti d’un témoignage publié sur Facebook par le docteur Anne Noblot, gynécologue médical à Dunkerque (Nord). Partagé plus de 25 000 fois et relayé par les sites d’informations, ce texte court est une forme de dénonciation d’un phénomène inquiétant : la pénurie de gynécologues médicaux en France. La profession serait-elle en voie de disparition ? Actuellement, les effectifs ne permettent qu’à 25 % des femmes d’avoir accès à une consultation gynécologique.

Gynécologie médicale : une spécialité mal aimée…

Née en 1950 sous l’impulsion du professeur Netter, la gynécologie médicale avait à l’origine pour objectif d’assurer une proximité de prise en charge gynécologique de ville, extrahospitalière et libérale. En 1987, la gynécologie médicale est supprimée des programmes de médecine pour des raisons économiques. Pendant près de 20 ans, aucune formation n’est dispensée dans ce domaine et les internes n’ont accès qu’à la gynécologie-obstétrique (actes de chirurgie, accouchements). La gynécologie médicale réapparaît timidement en 2003, mais le nombre de postes en internat reste insuffisant pour répondre aux besoins de la population féminine française.

Un retour en arrière

En 2018, la France comptait 1 054 gynécologues médicaux en activité, dont plus de 50 % étaient âgés de 60 ans et plus. Or, seuls 22 postes d’internes avaient été ouverts, ce qui ne suffira pas à compenser les départs à la retraite. Selon le Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM), 120 postes par an seraient nécessaires pour éviter la pénurie. On en est encore loin et le phénomène devrait se poursuivre pour les 10 à 15 prochaines années.

En 10 ans, le nombre de gynécologues médicaux a baissé de 42 %. En 2017, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) recensait 6 départements dépourvus de praticiens. Cette diversification concerne aussi bien les campagnes que les villes : Paris a ainsi perdu 43 % de ses gynécologues médicaux entre 2007 et 2017. Une situation préoccupante pour le CDGM, collectif de médecins et de femmes luttant depuis 1997 pour que les femmes puissent être suivies correctement.

Quels risques pour la santé des femmes ?

Dans l’idéal, 1 consultation de suivi gynécologique devrait être effectuée chaque année. 3 gynécologues médicaux pour 100 000 femmes en âge de consulter, c’est bien peu et même dangereux… Les risques pour les femmes sont réels : dépistages tardifs, augmentation des cancers (sein, ovaires, col de l’utérus), frottis anormaux, infections non traitées, absence de prise en charge des symptômes de la ménopause… Cela pose aussi un problème pour l’accès aux informations sur la sexualité et la contraception. Les jeunes filles sont particulièrement exposées à ce risque. En 2017, une enquête menée par le CDGM avait révélé que près de 40 % d’entre elles ne connaissaient pas l’existence des gynécologues médicaux. Le docteur Pia De Reilhac, présidente de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale, s’attelle à trouver des solutions avec les unions professionnelles des médecins généralistes et des sages-femmes. Elle déplore cependant une prise de conscience trop lente des pouvoirs publics.

Aujourd’hui, les femmes préfèrent souvent se rendre chez leur médecin généraliste ou dans un centre de planification familiale, où les praticiens ne sont pas toujours suffisamment formés. Dans un communiqué publié le lundi 4 février, plusieurs associations de sages-femmes rappellent qu’elles sont « compétentes dans la réalisation de consultations de contraception et de suivi gynécologique […], œuvrant ainsi au maintien de la bonne santé génésique et sexuelle des femmes ».

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