Prothèse vaginale Prolift : un scandale passé sous silence

Prothèse vaginale Prolift : un scandale passé sous silence

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Prolift, une prothèse vaginale qui fait scandale. Source : Obs

Après un accouchement difficile, ou plus simplement avec l’âge, les femmes risquent d’être victimes d’un prolapsus génital, plus couramment appelé « descente d’organes ».

Au début des années 2000, un groupe de neuf médecins français imagine Prolift, une prothèse vaginale censée apporter une réponse aux femmes touchées par une descente d’organes.

Mise sur le marché en mars 2005 par le laboratoire Johnson & Johnson, la prothèse fait aujourd’hui l’objet de nombreuses plaintes, comme le révèle une enquête du magazine Obs. En Australie, plus de 800 femmes mènent actuellement un recours collectif contre le fabricant du dispositif.

Retour et explications sur ce scandale mondial jusqu’ici passé sous silence en France.

Prothèse vaginale Prolift : de quoi s’agit-il ?

Le Prolift est un filet de mailles en plastique, accroché à des ligaments et inséré par voie vaginale. Ainsi positionnée, la prothèse soutient les organes « comme pourrait le faire un hamac » précise l’Obs.

Jusqu’à la sortie de cette prothèse, les femmes devaient avoir recours à une chirurgie archaïque pour remédier à un prolapsus. L’opération consistait à couper un bout de vagin puis à le recoudre. Parfois, la procédure était insuffisante et il fallait refermer totalement le vagin.

Prothèse vaginale Prolift : pourquoi tant de plaintes ?

Si le Prolift est apparu comme une solution plus moderne contre les descentes d’organes, de nombreuses femmes ont rapidement déchanté.

Partout dans le monde, des femmes décrivent la prothèse comme une « râpe à fromage » ou un « papier de verre » qui cisaille le vagin. Les victimes, qui se sont elles-mêmes surnommées les « mesh survivors » (survivantes des implants), parlent de tiraillements dans le vagin et de rapports sexuels impossibles. Certaines présentent même une boule au fond de la cavité vaginale ou une performation de la vessie ou du rectum.

En réalité, la prothèse semble présenter deux problèmes majeurs. D’abord, le tissu en plastique entraîne des défauts de cicatrisation et une réaction inflammatoire à l’intérieur du vagin. En outre, la pose du dispositif requiert un savoir-faire très technique. Certains chirurgiens non-expérimentés auraient donc empiré les choses.

Face aux lourds traumatismes, certaines femmes ont décidé de porter plainte contre le laboratoire Johnson & Johnson, notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et plus récemment en Australie.

Le premier procès a été intenté par Linda Gross aux États-Unis, une victime qui a dû subir 18 opérations pour retirer sa prothèse. Elle a obtenu 11 millions de dollars en dommages et intérêts.

Prothèse vaginale Prolift : un scandale silencieux en France

Plus étonnant, le scandale « Prolift » n’a jamais éclaté en France, alors même que le dispositif a été imaginé par l’élite médicale française et que de nombreuses femmes ont été opérées ici aussi.

Les femmes ont sans doute été mieux opérées : les chirurgiens étant directement formés par les médecins à l’origine de Prolift. Néanmoins, il y a quand même eu des victimes. Si elles sont restées silencieuses, c’est certainement grâce au système de sécurité sociale français plus performant qu’à l’étranger.

De leur côté, les médecins français sont pour l’instant restés très discrets. Deux questions se posent pourtant : combien cette prothèse leur a-t-elle rapporté et avaient-ils conscience du danger qu’ils faisaient encourir aux femmes ? Si les réponses restent en suspens, une série d’e-mails échangés par les confrères met le feu aux poudres. Lors d’un échange privé, postérieur à l’introduction du Prolift sur le marché, l’un des médecins se serait demandé s’il est normal qu’il n’ait, pour le moment, aucune envie de poser cette prothèse à sa propre femme.

Si le Prolift a été retiré du marché en 2012 aux États-Unis et 2013 en France, des interrogations autour de ce scandale persistent et les victimes semblent décidées à trouver des réponses !

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