Sida : entre avancées et obstacles

Sida : entre avancées et obstacles

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La 22e conférence internationale sur le Sida se déroule à Amsterdam (Pays-Bas) jusqu’au vendredi 27 juillet. Politiciens, militants, scientifiques… près de 15 000 participants sont attendus pour faire le point sur les récentes avancées en matière de prise en charge mais aussi sur les problèmes liés au financement et aux moyens mis à disposition pour mener la lutte contre cette épidémie à l’origine de 6 000 nouveaux cas de contamination chaque année en France.

L’efficacité démontrée de la PrEP

Recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la PrEP est une véritable révolution selon le professeur Jean-Michel Molina, chef du service de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint Louis à Paris. La PrEP, signifiant « prophylaxie pré-exposition », est disponible en France sur prescription médicale depuis 2016. Elle se présente sous la forme d’une pilule qui combine deux antirétroviraux destinés à bloquer le cycle de réplication du virus dans les cellules et donc la contamination par le VIH.

En France, la PrEP est disponible sous le nom Truvada® et remboursée à 100 % par l’Assurance maladie. Elle s’adresse aux personnes qui n’ont pas le VIH, qui n’utilisent pas systématiquement un préservatif mais qui vivent dans les milieux dits « à risque » où la circulation du virus est connue. La PrEP s’utilise en continu (1 comprimé par jour) ou ponctuellement dans les heures qui précèdent et suivent un rapport sexuel non protégé. Selon Aurélien Beaucamp, président de l’association Aides, environ 7 000 personnes sont sous PrEP dans notre pays, dont 97 % sont des homosexuels.

L’étude « Prévenir » menée par l’Agence nationale de recherche contre le sida (ANRS) entre mai 2017 et mai 2018 a démontré l’efficacité de la PrEP. Conduite par le professeur Molina, cette étude a été réalisée sur 1 435 volontaires, principalement des hommes bisexuels et homosexuels séronégatifs. Aucune contamination par le VIH n’a été observée au cours de l’étude, ce qui représente 100 % d’efficacité. Sans PrEP, les scientifiques estimaient entre 60 et 80 contaminations.

Cette étude française est confirmée par des chiffres donnés par d’autres pays. Ainsi, à San Francisco (Etats-Unis), les nouveaux cas de transmission du VIH ont connu une baisse de 49 % entre 2012 et 2016 grâce à l’utilisation de la PrEP. A Londres (Angleterre), les cas de contamination suite à des relations entre deux hommes ont diminué de 29 % en un an.

Ne pas oublier le préservatif !

Le Dr Jean-Marc Bohbot salue le succès de la PrEP tout en déclarant son inquiétude d’assister à l’abandon progressif du préservatif. En effet, il ne faut pas oublier que la PrEP ne protège pas des autres infections sexuellement transmissibles (IST), des hépatites et de la syphilis. Le préservatif reste l’outil indispensable pour la prévention du Sida. D’ailleurs, les personnes qui se voient prescrire la PrEP sont étroitement suivies et consultent un médecin tous les trois mois pour réaliser une série de tests de dépistage.

L’association de ces deux éléments devrait permettre de contrôler l’épidémie. D’ici à 2021, l’objectif est de rendre la prescription de PrEP systématique pour toutes les personnes qui n’utilisent pas toujours un préservatif pendant leurs rapports sexuels.

Un manque de financements qui inquiète

Malgré les avancées et le succès de la recherche, de nombreuses voix se lèvent pour déplorer la stagnation de la lutte contre le Sida, causée principalement par des financements internationaux qui n’augmentent pas. A tel point que les objectifs 90-90-90 (90 % de malades dépistés, 90 % traités, 90 % en maîtrise de la maladie) fixés pour 2020 ne seront pas atteints.

Actuellement, 44 pays dépendent à 75 % de l’aide internationale en matière de lutte contre le Sida. Les pays d’Afrique sont les plus demandeurs et attendent des moyens financiers plus importants afin d’améliorer la prévention, la prise en charge et l’accès aux traitements. Le risque est alors de voir un regain de l’épidémie.

En 2017, environ 17 millions d’euros ont été consacrés à des programmes de lutte contre le Sida mais l’ONUSIDA estime qu’il faudrait 7 millions supplémentaires chaque année pour atteindre les objectifs. Les intervenants de la conférence internationale rappellent donc l’importance de la solidarité internationale et encouragent l’implication de tous les partenaires techniques et financiers dans cette lutte, menée depuis des années à l’échelle mondiale.

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