Un autotest pour le dépistage du cancer du col de l’utérus

Un autotest pour le dépistage du cancer du col de l’utérus

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Une grande meta-analyse basée sur plus de 80 études différentes vient d’être publiée dans le British Medical Journal. Elle confirme que les autotests HPV (papillomavirus humain) sont utiles et efficaces pour augmenter la participation au dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes âgées de plus de 30 ans. Ce test à faire chez soi, sans l’intervention d’un professionnel de santé, pourrait améliorer le dépistage, qui est encore insuffisant aujourd’hui.

40 % des femmes ne se font pas dépister

Depuis la fin du mois de janvier, le dépistage du cancer du col de l’utérus a été généralisé. Désormais, un frottis tous les trois ans est recommandé à toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans. Le frottis est un examen simple, rapide et indolore qui permet de détecter d’éventuelles lésions pré-cancéreuses au niveau du col de l’utérus. Or, environ 40 % des femmes ne se font pas dépister, ce qui peut retarder la prise en charge en cas de cancer.

Test HPV : quel intérêt ?

Le test HPV consiste en un prélèvement identique à celui du frottis. Il est pris en charge par l’Assurance maladie et a pour but de détecter la présence de virus HPV, en particulier les souches 16 et 18, identifiées chez environ 12 à 15 % des femmes. Ce virus peut provoquer des lésions susceptibles d’évoluer ensuite en tumeur maligne. Actuellement, le test HPV est réalisé en cas de frottis anormal pour faciliter le diagnostic. Dans certains pays, il est utilisé dès le dépistage primaire, à la place du frottis, en raison de sa sensibilité plus élevée. La sensibilité désigne la capacité d’un test à donner un résultat fiable. Dans le cas du frottis, elle est comprise entre 60 et 70 % alors qu’elle dépasse les 95 % pour le test HPV. Ainsi, si le test HPV revient négatif, le risque de cancer est considéré comme étant proche de zéro pour les cinq années qui suivent alors qu’un frottis normal attestant de cellules a priori saines n’écarte pas complètement l’éventualité d’une tumeur.

Autotest HPV, mode d’emploi

La meta-analyse publiée dans le British Medical Journal s’est en partie appuyée sur les travaux menés par le docteur Ken Haguenoer, qui exerce au Centre de coordination des dépistages des cancers au CHU de Tours. Ce médecin est également responsable du programme Apache en France, un dispositif qui a permis d’évaluer les tests par prélèvements de centaines de femmes au cours des sept dernières années. L’objectif principal de l’autotest HPV est de cibler les femmes qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas recours au frottis. Le kit sera envoyé directement à domicile pour doubler le nombre de femmes dépistées. Cette méthode est jugée plus efficace que le simple envoi d’une invitation et d’une relance pour consulter un gynécologue. Lorsqu’une femme ignorera à deux reprises une invitation à réaliser un frottis de dépistage, un autotest HPV lui sera envoyé, mais seulement à partir de 30 ans. Ce test permettra aux femmes de devenir actrices de leur santé en réalisant le prélèvement elles-mêmes, sans l’intervention d’un médecin. L’échantillon sera ensuite expédié à un laboratoire d’analyses médicales. Les études ont déjà démontré une fiabilité quasi équivalente par rapport aux prélèvements réalisés par les professionnels de santé (médecin généraliste, gynécologue, sage-femme). Selon le docteur Ken Haguenoer, « ce test offre une très bonne opportunité de ramener des femmes dans le circuit du dépistage alors qu’elles en étaient exclues en raison d’un isolement géographique, d’une réticence pour l’examen gynécologique ou autre ». Il apporte également une nuance : « il ne peut s’agir d’une solution unique en ce sens où il ne remplacera jamais la visite chez un médecin qui permet d’échanger et d’aborder de nombreuses questions de santé ». Le quatrième volet du programme Apache sera lancé cette année. Il faudra donc être patient avant de voir l’arrivée de l’autotest HPV.

Pas d’utilité avant l’âge de 30 ans

L’autotest HPV s’adresse uniquement aux femmes à partir de 30 ans, car les spécialistes estiment qu’il ne présente aucune validité et aucune valeur prédictive sur le risque de cancer chez les femmes plus jeunes. Il faut savoir que plus de 80 % des femmes sont infectées par au minimum une des cinquante souches du virus HPV lors des deux premières années d’activité sexuelle. Un chiffre qui s’explique par la fréquence du virus dans l’ensemble de la population. La nature étant bien faite, le système immunitaire entre alors en action et est capable d’éliminer la grande majorité de ces virus dans les deux ans, voire les mois qui suivent l’infection. L’organisme est encore plus efficace si la jeune femme a été vaccinée contre le papillomavirus humain. Or, ce n’est pas toujours le cas puisque la couverture vaccinale est de moins de 15 % en France.

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