Une enzyme capable de transformer le sang

Une enzyme capable de transformer le sang

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Le 20 août dernier, dans le cadre de la réunion annuelle de l’American Chemical Society à Boston (Etats-Unis), des chercheurs canadiens de l’université de Colombie-Britannique ont présenté une étude qui pourrait paraître étrange voire effrayante aux yeux de certaines personnes. Ils ont identifié une enzyme qui serait capable de transformer le sang des groupes A, AB et B en groupe O. Tous les groupes sanguins deviendraient alors universels et pourraient être transfusés à n’importe qui.

A, AB, B, O : quelles différences ?

Le groupe sanguin est déterminé par la présence d’antigènes situés à la surface des globules rouges. Les personnes du groupe A possèdent des antigènes A, celles du groupe B des antigènes B, le groupe AB présente les deux antigènes et le groupe O n’en possède aucun. Ces antigènes peuvent provoquer une réaction immunitaire s’ils sont étrangers à l’organisme qui les reçoit. C’est pourquoi, en cas de transfusion, il est primordial que le sang donné au patient soit le même que son groupe sanguin ou du groupe O, le seul à pouvoir être transfusé de manière universelle.

Le groupe O est très demandé par les banques de sang car c’est le premier à être utilisé lorsqu’il n’est pas possible d’identifier le groupe sanguin d’un patient, notamment dans les situations d’urgence comme les accidents de la circulation. Les stocks de groupe O devraient être importants mais ils font l’objet de pénuries récurrentes. Les récentes recherches scientifiques devraient permettre de lutter contre ce déficit.

De l’intestin au sang, il n’y a qu’un pas

L’équipe de chercheurs, menée par le professeur Stephen Withers, spécialisé en chimie et biochimie, a ainsi découvert qu’une enzyme présente dans l’intestin humain pourrait éliminer les antigènes des groupes A, AB et B. La fonction première de cette enzyme est d’éliminer les sucres qui se fixent sur la muqueuse du tube digestif. Or, il s’avère que ces sucres ont une structure similaire à celle des antigènes. Les chercheurs l’ont donc analysée et ont fait une autre découverte : les bactéries Escherichia coli sont capables de produire naturellement cette enzyme.

Partant de cette observation, les scientifiques ont ajoutées des bactéries E. coli à des globules rouges. Elles se sont ensuite fixées à leur surface et ont coupé les antigènes, rendant ainsi le sang universellement transfusable. Loin de se limiter aux composants du sang, l’enzyme agit sur le sang total, ce qui permettrait une conversion rapide.

L’étude des enzymes comme procédé de modification du sang n’est pas nouveau puisque les premières recherches ont été effectuées à partir de 1982. Toutefois, cette nouvelle enzyme est une révolution puisqu’elle serait jusqu’à trente fois plus efficace que les précédentes.

Essais cliniques et tests de sécurité

Le professeur Withers précise que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de modifier la totalité du sang d’une personne : la transformation se ferait uniquement après que le sang ait été prélevé.

Ce procédé ne devrait cependant pas voir le jour avant au moins cinq ans. L’équipe canadienne envisage en effet de déposer une demande de brevet et collaborera avec la Société canadienne du sang et le Center for Blood Research afin de réaliser des essais cliniques à grande échelle ainsi que des tests de sécurité pour vérifier qu’il n’y ait aucune autre atteinte à la structure des globules rouges.

Si le processus est confirmé, il pourrait constituer une véritable avancée et faciliter grandement la gestion des stocks dans les banques de sang ainsi que la recherche de donneurs. Les besoins en sang, en constante hausse avec l’augmentation de la population et de la fréquence des catastrophes naturelles mais aussi des attentats, pourraient alors être couverts de manière plus optimale.

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